De la reconstruction au relèvement territorial

De la reconstruction au relèvement territorial


De l’urgence à la reconstruction : un territoire en transition

Comment définir les phases de la reconstruction ?

Pour comprendre les conséquences des décisions prises, parfois à la hâte, au moment de la programmation des actions de reconstruction, il est nécessaire d’envisager le relèvement des sociétés et la recomposition des territoires dans le temps long. Malgré les spécificités de chaque situation de reconstruction, l’on retrouve les mêmes périodes. Au sein d’un même processus de reconstruction des variations locales de temporalités peuvent être observées. Ainsi, les cinq phases de la reconstruction, de l’urgence au relèvement et développement se retrouvent dans toutes les situations de reconstruction après une catastrophe naturelle, ce sont leurs durées respectives qui varient selon les territoires. Le choix d’une reconstruction adaptative prend nécessairement du temps et c’est particulièrement vrai pour le relogement des sinistrés (de l’urgence au permanent en passant par le temporaire) (Moatty A., 2015).

Les périodes de reconstructions post-catastrophe

LA PHASE D'URGENCE De quelques semaines à plusieurs mois

Contexte et mesures
- Sauvetage, secours, évacuations sanitaires
- Mise en sécurité et relogement d'urgence
- Recensement des victimes et des dégâts
- Deblaiement et nettoyage des axes routiers et principaux réseaux de communication

LA PHASE DE RESTAURATION Transition entre la gestion de l'urgence et la reconstruction

Contexte et mesures
- Suite et fin de l'évaluation des dommages
- Eviter les effets dominos ou effets de surcrise
- Assurer la continuité d'activité des infrastructures et réseaux vitaux
- Agir rapidement et organiser la gouvernance de reconstruction

LA PHASE DE REHABILITATION 6 mois après la catastrophe jusqu'à la fin de l'évaluation des dommages

Contexte et mesures
- Réparer les biens et les infrastructures
- Sécuriser le territoire
- Lancement des procédures administratives (relogement, perte d'emploi, etc.)
- Elaborer une stratégie de reconstruction et de relèvement
- Recréer l'attractivité du terrioire

LA PHASE DE RECONSTRUCTION De quelques semaines à plusieurs années

Contexte et mesures
- Recomposer les éléments structurants du territoire
- Développer l'attractivité du territoire
- Revoir les prises de décision en vue d'une reconstruction plus adaptée
- Repenser le éveloppement du territoire

LA PHASE DU RELEVEMENT Plusieurs mois à plusieurs années

Les actions qui contribuent au relèvement des communautés et des territoires ou qui vont au contraire l’entraver, trouvent leurs racines dans les actions de gestion de l’urgence et se perpétuent jusqu’au relèvement effectif qui s’en trouvera plus ou moins étendu dans le temps.

La période de reconstruction inclut :

Elle est indissociable des questions de développement ce qui lui confère un caractère éminemment politique et polémique.



“Au moment de l’impact, donc pendant la crise, la résilience doit s’apparenter à un état, celui de résistance au choc, alors que pendant le processus de reconstruction, la résilience est dynamique et signifie la capacité à se maintenir malgré le choc” (Moatty A., 2015).



Quelle reconstruction pour Saint-Martin ?


Nouvelles réglementations et habitudes locales : quelles solutions pour Saint-Martin ?


L’ouragan Irma a confronté le territoire saint-martinois à ses propres défaillances. A la suite de son passage, un temps de réflexion autour de nouvelles préconisations de construction a permis d’éditer de nouvelles règles en matière d’urbanisme, notamment avec la réactualisation du PPRN.

Le nouveau PPRN, entré en vigueur de manière anticipée en octobre 2019, devait succéder aux autorisations d’urbanisme prescrites par la Collectivité et mettre fin aux incertitudes juridiques. Ce document définissait les endroits où il était possible de (re)construire, et surtout de quelle manière le faire.

Mais la nouvelle définition des zones exposées au risque de submersion marine ainsi que la règlementation sur les constructions ont rapidement été contestées par une partie de la population. Face à une contestation grandissante, le PPRN a dû être suspendu à partir du mois de décembre 2019.

Vivement discuté par le Conseil territorial et par une partie des habitants pour qui cela se confondait en avis d’expulsion de terres héritées, le PPRN pris par anticipation a finalement été annulé par le Tribunal administratif de Paris le 25 juillet 2020.


Auteurs : DEAL Guadeloupe, CEREMA, 2017 <i>Sources - Collectivité de Saint-Martin, consulté en septembre 2020</i>


  Au-delà des exigences d’aménagements, c’est le changement que ce type de document tente d’inscrire dans la société saint-martinoise afin de la préparer à de futurs événements majeurs. Les nouvelles réglementations doivent néanmoins tenir compte du contexte local sans quoi leur mise en application peut être contestée, comme c’est le cas à Saint-Martin. Ainsi, si les instruments sont utiles, « il ne faut pas pour autant oublier les populations exposées. Une gestion efficace n’est guère possible sans l’adhésion de celles-ci » (D’Ercole et Dollfus, 1996). En ce sens, bien que le nouveau PPRN ait été annulé faute de preuves scientifiques suffisamment solides pour confirmer l’aléa choc mécanique des vagues, le véritable obstacle est surtout d’ordre socio-politique.

Du provisoire au durable


La gestion des débris à Saint-Martin


Le passage des cyclones Irma, et dans une moindre mesure, José, a généré environ 60 000 tonnes de débris sur la partie française de l’île Saint-Martin soit 1,6 tonne par habitant ou l’équivalent de trois ans de collecte normale de déchets. La collecte et le traitement ont représenté un défi énorme.


Auteurs : Péroche M. et Vinet F., 2019 <i>Sources : VERDE SXM, 2017 ; image PLEIADES (12/02/2017), CNES</i>

Référence livrable


Le suivi des bâches comme indicateur de la reconstruction à Saint-Martin


Les bâches de plastiques pour recouvrir les toitures détériorées sont des mesures palliatives communément prescrites après une catastrophe. Elles mettent les habitants un minimum à l’abri des intempéries et limitent les infiltrations d’eau. Les bâches témoignent aussi de l’intensité du phénomène sur un territoire au bâti fragile.



Avant de pouvoir inscrire les réparations dans le pérenne, les habitants de Saint-Martin ont installé des bâches de protection afin de protéger leurs habitations dont le toit a été arraché. Les bâches de couleur - bleue pour l’essentiel - sont un marqueur paysager identifiable depuis des images aériennes. Le repérage à différentes dates de leur distribution dans les différents quartiers de l’île met en évidence l’évolution des mesures de protection dans le temps et dans l’espace, avec une hausse du dispositif principalement la première année.

Les quartiers d’Orléans, Sandy Ground, Grand-Case, Concordia, Saint-James ou encore Cul-de-Sac sont ceux où le plus grand nombre de bâches a été observé au cours des treize relevés menés par le Laboratoire de Géographie Physique de Paris (LGP, 2018).

Pour plus d’informations contacter Delphine Grancher, directrice du mémoire de S. Wilhelm.



Récupération des réseaux routiers : le cas des infrastructures routières sur l’île de La Dominique


Sur les 136 ponts et passages à gué identifiés lors de l’étude, 17 % ont été détruits ou sévèrement endommagés, dont 8 ponts et 15 passages à gué. 83 % ont été légèrement endommagés, submergés ou bloqués, mais sont restés opérationnels.


Auteurs : S. Battut, 2019.


La durée moyenne de réparation de ces infrastructures est de 1 mois pour un passage à gué et de 3 à 4 mois pour un pont moyen. A T+19 mois, 96 % de ces infrastructures routières étaient opérationnelles.

Se relever lentement mais sûrement : un pas vers la résilience

Solidarités et entraide


Partage des bonnes pratiques


Parmi les facteurs positifs déterminants qui augmentent la résilience d’un système soumis à une perturbation, trois sont souvent cités : la diversité, l’auto-organisation et l’apprentissage. Une approche par la résilience favorise la mise en place de nouvelles pratiques pour lutter contre les risques (Dauphiné A. et Provitolo D., 2007).

En cas de crise, une solidarité se créée de façon plus ou moins spontanée, et ne répond pas à “une injonction de la puissance publique” (Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, 2017). Cette contribution des citoyens aux actions de bien commun facilite la gestion de crise et participe au relèvement territorial. L’existence d’une “population-ressource” est donc à inscrire dans le durable puisqu’elle alimente la résilience collective et individuelle.

Par exemple, à Saint-Barthélemy, l’organisation interne de l’île a bénéficié d’une grande solidarité extérieure avec des bénévoles en provenance des Antilles et de métropole notamment pour la remise en état des réseaux (agents EDF, sécurité civile, etc.). L’électricité a manqué pendant 12 jours pour certains et jusqu’à 2 mois pour d’autres, idem pour l’accès à l’eau même si cela a été compensé (en partie) par la citerne qui équipe les maisons traditionnelles. L’emploi a été largement perturbé sur l’île dont les ressources proviennent principalement du tourisme. L’autre élément marquant qui s’inscrit dans la durée concerne les traumatismes psychologiques et parfois physiques attribués à Irma. Enfin la participation au relèvement est évoquée par la volonté et la motivation de chacun à faire repartir l’économie de l’île. Les propos recueillis dépassent un besoin personnel mais s’inscrivent dans une véritable volonté de devoir collectif, lié en grande partie à l’attachement territorial.


L’enquête menée auprès de la population saint-martinoise met en exergue des comportements, isolés ou collectifs, en rupture avec les attitudes quotidiennes et susceptibles d’évoluer dans le court terme.

Auteurs : Barbier A., 2019 <i>Sources : Defossez S. et Gherardi M., 2019</i>


Au-delà de la mise en évidence du rôle de la population dans la préparation de la gestion de crise, le suivi des interrogés permet de montrer leurs résilience et adaptations en vue d’une future crise potentielle tout en enrichissant les institutions des expériences et savoirs locaux.

Référence livrable



Focus sur le rôle des adolescents


A Saint-Martin, une enquête couplée à un protocole de cartographie a été menée sur le rôle des adolescents dans plusieurs activités clés de la sortie de crise et du relèvement post-Irma.

Il s’agit de :


Contexte saint-martinois

Selon les chiffres de l’INSEE (2017), près de la moitié de la population de Saint-Martin a moins de 30 ans, dont 60 % a moins de 15 ans et 47 % des jeunes de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale. En 2013, le taux de scolarisation des 6-14 ans est de 98,7 % et de 99 % pour les 15-17 ans. À Saint-Martin, le réseau d’éducation prioritaire concerne 78,8 % des élèves du premier degré.

À partir des effectifs prévus pour la rentrée 2017 (total de 8519 élèves) et de la date de la réouverture effective de chaque établissement, nous estimons à plus de 250 000 le nombre total de jours manqués pour l’ensemble des élèves de la maternelle à la terminale des établissements scolaires publics, uniquement à cause de la fermeture des établissements.


Echantillon et déroulé de l’enquête

L’enquête a été réalisée auprès d’adolescents des collèges et lycées de la partie française de l’île. Ils ont été amenés à localiser leur quotidien et ce qu’ils ont perçu de la période post-catastrophe sur des cartes, associées à des questionnaires individuels pour permettre une autre forme d’expression et compléter les données collectées. Les résultats obtenus sont complétés par des éléments recueillis lors d’entretiens réalisés en novembre 2017 et novembre 2018 à Saint-Martin.

Aux mois de novembre 2017 et 2018, 8 interventions de 2 h ont été réalisées, avec 191 élèves (sur environ 4 000 élèves du second degré) répartis dans 4 des 5 établissements secondaires publics de Saint-Martin.

Le protocole a été testé et validé dans une classe en 2017, puis reproduit dans les autres classes en 2018. Le projet a été mis en place avec cinq enseignants volontaires et proposé à l’IPR d’Histoire-Géographie de l’académie de Guadeloupe. Il a ensuite été diffusé par l’IPR et par nos propres réseaux à l’ensemble des enseignants d’Histoire-Géographie. Le projet pédagogique a été.


Méthodologie

La séance de travail en classe débutait par une présentation du projet par les scientifiques présents. L’objectif était annoncé aux élèves comme suit :

« Vous avez été témoins du passage du cyclone Irma, la vie des habitants, leurs habitudes, leurs habitations ont parfois été affectées et pour garder une trace de ce qui s’est passé dans chaque quartier, comprendre comment les gens se sont organisés, et ce qu’ils ont fait, nous vous proposons de raconter ce que vous avez vécu et ce que vous savez. Pour structurer cette démarche de recueil de témoignage nous allons respecter le même protocole pour toutes les classes. Votre témoignage restera anonyme ».

Chaque séance avec une classe se divisait en deux temps :


Auteurs : Moatty A., Grancher D., Virmoux C. et Cavero J., 2017-2018 <i>Sources - LGP, 2017-2018 </i>


Principaux résultats

Les territoires identifiés comme étant «les plus avancés» dans le processus de reconstruction sont d’abord des zones d’intérêt économique telles que Hope Estate et Grand Case. À l’échelle des enjeux, on retrouve les grandes surfaces, des restaurants de plage, ainsi que le cinéma et une enseigne de grande consommation à Sint-Maarten. Les deux aéroports sont aussi représentés par une majorité d’élèves.

Viennent ensuite les quartiers aisés des Jardins d’Orient Bay (quartier ouest de la Baie Orientale) et de la Baie Orientale, et, dans une moindre mesure, les résidences de logements sociaux de Quartier d’Orléans.

Les adolescents saint-martinois ont indéniablement été des victimes, mais aussi des acteurs de la reconstruction puisqu’ils ont participé aux actions de :



Destinataires de ces actions d’entraide


  Le « capital social » mobilisé par les adolescents en post-Irma s’appuie principalement sur le réseau familial et le voisinage. Les relations d’amitié et de camaraderie hors du quartier ont été confrontées aux difficultés de déplacement (dépendance d’un adulte pour être motorisés) et d’accessibilité (état des routes). Cette situation n’est pas propre à Saint-Martin et se retrouve dans de multiples situations post-catastrophe, pourtant les adolescents sont un « angle mort » des plans de gestion. En France les messages diffusés dans les documents et exercices à destination du jeune public sont lacunaires. À titre d’exemple, les campagnes de prévention du risque cyclonique diffusées aux Antilles ne mentionnent pas la fermeture des écoles. Pourtant lors d’un évènement grave, la vie quotidienne des enfants et des familles est perturbée sur une durée variable, surtout quand les établissements scolaires ne sont plus accessibles (suite au passage du cyclone Irma, ils ont été rouverts au bout de 2 mois).


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Connaissances, apprentissages et prévention


Favoriser le partage des connaissances du risque


Il est aujourd’hui admis que la culture et la connaissance ont une influence sur la réduction des risques. Face aux risques, la prise de décisions repose en partie sur les perceptions socio-culturelles des individus. Lorsque plusieurs membres d’un groupe partagent certaines valeurs et considérations, celles-ci peuvent finir par être imposées comme normes. Ainsi, les particularités culturelles doivent être considérées comme des atouts à exploiter pour mieux prévenir et adapter les territoires exposés.



L’information géographique au coeur du partage des connaissances


La saison cyclonique de septembre 2017 aux Antilles, et notamment l’atterissage du cyclone IRMA sur les îles de Saint-Barthélemy puis de Saint-Martin dans la nuit du 5 au 6 septembre, a été l’occasion d’initier une démarche basée sur l’utilisation de l’information géographique, avec une dimension pré-opérationnelle d’accompagnement des acteurs de la gestion des risques et de la reconstruction, populations comprise. L’équipe du RETEX a mobilisé les réseaux d’acteurs locaux déjà établis sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Ces contacts historiques ont permis de co-construire, et de fiabiliser les échanges autour de l’information géographique.

En trois années de programme de recherche, l’information géographique récoltée, produite et analysées est conséquente. Elle alimente l’ensemble des thématiques de l’évaluation et de la gestion du risque cyclonique. Les échelles spatiales et temporelles sont variées ainsi que les méthodes d’acquisition. Cette diversité de données est cartographiée au moyen de plusieurs outils pour des supports statiques ou dynamiques. Le choix dépend à la fois de la nature des données, des échelles spatiales de représentation, de la présence de données temporelles, du public cible et des besoins d’analyse. L’information géographique est donc traitée différemment en fonction de sa nature et du message à transmettre.


Auteurs : E. Lagahé, T. Candela et M. Péroche, 2021.

Référence livrable soumis


Lors de la récolte de données sur le terrain (phase de post-crise immédiate), les premiers échanges ont lieu entre les utilisateurs (futurs) et les producteurs de l’information géographique. Grâce à cette capitalisation et ce partage d’informations via des dialogues en présentiel, l’individu est mis en avant à travers ses réactions, actions et interactions. Il s’agit, dans un premier temps, d’éclairer les logiques d’action et de rendre compte, à travers une étude des interactions (Mucchielli, 2004), des savoirs mobilisés – experts, profanes - en situation de catastrophe, et de leur mode de circulation.

L’enquête menée auprès de la population de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy sur les comportements à adopter en cas de cyclone, illustre bien ces propos (Defossez S. et Gherardi M., 2020). En effet, depuis le commencement du projet, en réalisant un suivi auprès de la population interrogée, les missions sur le terrain à intervalles réguliers ont permis de construire un lien de confiance avec certains habitants. Ce lien entre les chercheurs et la population existe aussi avec les acteurs locaux historiques, et s’est renforcé grâce aux échanges constants en présentiel et à distance.


Portraits de personnes interrogées lors du RETEX dans le cadre du projet TIREX

Les connaissances et pratiques locales peuvent améliorer la résilience socio-territoriale et jouer un rôle en phase de relèvement. Les entretiens menés auprès d’habitants de Saint-Martin révèlent l’influence des facteurs personnels dans la préparation face au risque cyclonique, auxquels peuvent s’ajouter ou se substituer des directives et/ou des actions institutionnelles. Les caractéristiques personnelles peuvent être dépassées par l’apprentissage dynamique (participation à des exercices de crise par exemple) des connaissances et réflexes acquis grâce aux retours d’expérience.


Auteurs : E. Lagahé, T. Candela et M. Péroche, 2021.


Enfin la valorisation finale des résultats s’adressent à l’ensemble des utilisateurs. Celle-ci varie en fonction des publics cibles et évolue pendant le Retex. Cette dernière interaction producteur/utilisateur, est l’occasion de garder en mémoire l’empreinte territoriale de la catastrophe via de multiples supports de communication et notamment numériques.



L’information préventive en période cyclonique : les bons gestes à (re)tenir


Chaque année, avant le début de la saison cyclonique, les Collectivités et Préfectures des Antilles françaises organisent des réunions de préparation avec tous les services et acteurs concernés, afin de rappeler à chacun les différentes phases de l’alerte et permettre de faire l’inventaire des moyens mis en œuvre en cas d’évènement majeur.

Des documents d’information préventive sont disponibles sur les sites internet suivants :


Collectivité de Saint-Martin


Collectivité de Saint-Barthélemy


Guadeloupe


Martinique



Dans le cadre du projet TIREX, deux documents d’information préventive ont été élaborés à partir des témoignages des populations. Ces documents ont été pensés de façon pédagogique et ludique. Ils reprennent les consignes officielles et s’inspirent de l’ensemble des plaquettes de prévention disponibles aux Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe incluses).

La “cocotte cyclonique”

Autrice : E. Lagahé, 2020

Disponible en version pdf

Disponible en version pliable en pdf



Saison cyclonique à l’horizon, anticipons !


Autrice : E. Lagahé, 2020

Disponible en version pdf

Reprise économique : relancer le tourisme et les commerces


Tourisme : deux îles, deux vitesses


Contrairement aux économies antillaises traditionnelles bâties sur les grandes cultures, les îles du nord ont structuré leur économie autour du tourisme.

Le tourisme au coeur de l’économie saint-martinoise

Avant la loi Pons de 1986, le développement touristique de l’île suit un cours favorable à la partie hollandaise. Saisissant la plus-value d’une proximité géographique avec les Etats-Unis, les Hollandais débutent la construction d’hôtels de luxe dans les années 1960, voire même avant comme avec l’hôtel Sea View construit en 1947. Au cours des années 1970, les premiers complexes hôteliers s’érigent à Sint-Maarten tandis que Saint-Martin est confrontée à l’absence d’investisseurs. A cette même période, la partie hollandaise s’équipe d’un port en eaux profondes à Philipsburg lui permettant d’accueillir croisiéristes et portes conteneurs. Dans le même temps, la partie française se dote d’un aéroport régional à Grand-Case. En 1975, la population atteint 5 550 personnes, pour franchir les 8 072 âmes en 1982, soit un accroissement 11 fois supérieur à celui de la métropole.

La loi de défiscalisation du 11 juillet 1986, dite Loi Pons, réoriente l’attractivité touristique, jusqu’alors quasi-monopole de la partie hollandaise. Cette loi permet aux contribuables investissant dans l’immobilier neuf en Guadeloupe de profiter d’une réduction d’impôt sur le revenu, sous certaines conditions. Attirés par ces nouveaux avantages fiscaux, de nombreux Métropolitains ont investi les lieux, si bien qu’en une décennie le nombre de chambres a été multiplié par huit du côté français, contre deux côté hollandais. Le rééquilibrage spatial amorcé par la loi Pons a ainsi permis au côté français d’élargir l’offre à 3 800 chambres dès 1992, à égalité avec Sin-Maarten. La «frénésie de construction» s’est accompagnée d’une migration massive de travailleurs dans le secteur des BTP. Mais la nouvelle économie s’essouffle à partir des années 1990, menacée par des retards en matière d’infrastructures, par un manque de diversification de l’offre ou bien encore par les insuffisances de la formation professionnelle. Par ailleurs, l’offre hôtelière saint-martinoise se concentre sur le milieu de gamme, segment le plus exposé à la concurrence. L’ouverture au tourisme d’autres îles de la Caraïbe comme Sainte-Lucie, Anguilla ou Cuba entraîne une réorientation des flux touristiques tant redoutée par l’administration. A cela s’ajoutent les difficultés sociétales relatives au chômage (34,2% en 2015, contre 26,6% en 19999), à la paupérisation de la population, au taux de délinquance élevé et à l’endettement public.

En 2014, le PIB de Saint-Martin était de 16 572 euros par habitant, contre plus de 32 300 euros en métropole. A titre de comparaison, celui de Sin-Maarten était de 22 529 euros par habitant la même année, soit 29% supérieur à celui de Saint-Martin (IEDOM, 2019). Avant le passage d’Irma, sur la période 1996-2016, la fréquentation touristique avait doucement progressé d’environ 3,5% par an en moyenne. L’offre hôtelière à Saint-Martin se stabilise entre 2006 et 2016, avec environ 1 600 chambres sur la partie française. L’activité enregistre alors une progression satisfaisante avec un taux d’occupation des hôtels avoisinant les 60% en 2016 (AHSM). Mais en 2017, le passage d’Irma bouleverse cette dynamique. La même année la partie française de l’île connait une baisse de 3,2% de sa fréquentation par rapport à 2016. Plus des deux tiers du parc hôtelier est impacté, le nombre de chambres disponibles pour la saison 2018-2019 est estimé à 500 chambres (IEDOM, 2019), 809 chambres en 2019 (Cherchelay, 2020).

Pour plus d’informations contacter Frédéric Leone, directeur du mémoire d’ A. Barbier.


Le cyclone IRMA a atteint l’île de Saint-Martin durant la basse saison 2017, entraînant une chute de 80 % des entrées sur le territoire par rapport à l’automne précédent. Dès le mois de novembre, la fréquentation a recommencé à croître, mais avec un niveau de voyageurs 5,8 fois moindre qu’en 2016.

La reprise de l’activité touristique étant une priorité dans la reconstruction de l’île, chacun des deux gouvernements a très vite mis en place des actions pour la relancer. Côté Sint-Maarten, la stratégie a surtout consisté à développer des accords de coopération avec d’autres îles. Côté Saint-Martin, des dossiers de demandes d’aides européennes pour la reconstruction des établissements ont été élaborés. Le financement de la répara-tion de l’aéroport Princess Juliana a été pris en charge par la Banque mondiale. Enfin, une coopération entre les 2 offices de tourisme a été établie, avec la création du label “SXM smile again”.

Référence livrable


Saint-Martin, 2017 et vue sur Saint-Barthélemy au loin


Saint-Barthélemy et le tourisme de luxe

Longtemps Saint-Barthélemy s’est consacrée à la culture vivrière sans pouvoir développer de grands espaces cultivables (Sanguin, 1981) à cause de la pauvreté du milieu physique. Le faible développement agricole a sans doute limité “l’immigration de main-d’œuvre servile” (Chardon et Hartog, 1995). Dans les années 1960, l’île se tourne alors vers l’activité touristique s’inscrivant dans la dynamique qui émerge dans le bassin Caraïbe (Urunuela, 2004) “terreau géographique favorable, où les avantages du positionnement ont croisé l’indulgence du législateur” (Desse et Hartog, 2003). Il n’est pas question ici de tourisme de masse mais d’un tourisme haut de gamme, un tourisme de luxe. L’économie touristique se spécialise sur des clientèles “prospères et très ciblées” (Theng, 2014 : 8) et attire majoritairement une clientèle américaine.

Le transport aérien qui n’a pu se développer pour les gros porteurs en raison des contraintes géographiques et le transport maritime sélectif (absence d’aménagements pour l’accueil des grands paquebots) a finalement participé à développer ce type de tourisme haut de gamme (Theng, 2014 ; Ranély Vergé-Depré et Roth, 2017). De ce secteur d’activité dépendent deux autres secteurs clés de l’économie : l’immobilier (dont les taxes contribuent aux recettes fiscales) et le BTP. Pour l’immobilier, les droits d’enregistrement et taxe sur les plus-values représentent un des principales source de revenus pour la collectivité. Le BTP est largement pourvoyeur d’emplois, et a un poids important depuis le début des années 2000. Le secteur de la construction est à mettre en relation avec la composition de la société, en effet “des entreprises de BTP européennes ont notamment lancé une installation durable d’ouvriers portugais” (Chardon et Hartog, 1995).

Le tourisme a été en première ligne des conséquences économiques du cyclone Irma. Les touristes ont délaissé l’île qui n’offrait plus de services adaptés et en nombre suffisant, (un quart des hébergements disponibles fin 2017). Cet infléchissement s’est poursuivi en 2018 et a engendré une baisse des besoins en main d’œuvre notamment pour les commerces et services aux particuliers. Le BTP affiche un bilan plus nuancé, l’activité en recul en 2016 affichait une croissance sur les premiers mois en 2017 et a été stoppée par le cyclone Irma. Très vite, l’activité a repris sa croissance dès le dernier trimestre de 2017 pour les besoins en reconstruction. Il en résulte une augmentation de 17% de l’emploi salarié dans le BTP entre avril 2017 et janvier 2018 (IEDOM, 2018). L’augmentation du taux de chômage quelques semaines après le passage du cyclone Irma a rapidement baissé pour atteindre un taux similaire à celui avant le passage du cyclone.
“l’île bénéficie d’un regain de popularité auprès des investisseurs étrangers qui apprécient la façon dont la crise est gérée” (Iedom, 2018).

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Analyse du réveil économique sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy


L’analyse du réveil économique des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy repose sur des entretiens semi-directifs menés auprès des commerçants lors des missions réalisées dans le cadre du projet TIREX. Appuyés d’une grille d’analyse, 371 commerces ont ainsi été interrogés sur la base de critères permettant de définir les conditions de reprise des activités.




Pour plus d’informations contacter Frédéric Leone, directeur du mémoire d’ A. Arnould.